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Des diesels aux 24 Heures du Mans

Voici une vingtaine d’années, au pesage des 24 Heures, un passionné m’annonça que d’ici peu une voiture dotée d’un moteur diesel l’emportera au Mans. Je lui rétorquai que ce n’était pas possible ! Si les diesels étaient si performants ils domineraient en Formule 1. D’ailleurs aucune équipe de Formule 1 ne songe à en utiliser ! Alors, pourquoi au Mans. Mais, naïvement, j’oubliai que les règlements pouvaient évoluer et … en facilitant les performances de certaines catégories de bolides.

L’aventure Delettrez

Les frères Jean et Jacques Delettrez disposent, à la Libération, d’une belle quantité de moteurs U.S. provenant de stocks … de camions laissés par leur armée de libération. Ils ont l’idée d’assembler un châssis Unic (fabricant français d’automobiles), un moteur GMC (poids lourds U.S.) et une carrosserie Delage (autre constructeur automobile français) ! L’ensemble est engagé en juin 1949, aux 24 Heures du Mans.
Les 25 et 26 juin, la Delettrez dispose d’une carrosserie semblable à beaucoup d’autres engagées. Des garde-boue de type moto et des phares rapportés montrent une conception de carrosserie antérieure à la dernière guerre. Portant le numéro 5, elle est animée d’un 6 cylindres en ligne, de 4 395 cm3, qui l’entraîne jusqu’à la 20e heure. Là, elle est victime d’une panne irrémédiable de carburant entraînant l’arrêt définitif de la performance non négligeable des deux frères.


1950. La Delettrez numéro 10 prête à bondir

En 1950, la Delettrez ressemble étrangement à celle qui l’a précédée en 1949. Arborant le numéro 10, elle dispose aussi d’un 6 cylindres de 4 385 cm3. Elle non plus ne sera pas ridicule puisque son moteur tient jusqu’à la 24e heure… où hélas il la lâche !
Encore un abandon en 1951, cette fois dès le samedi 23 juin. Les deux frères sont, cette fois, victimes d’un bris de distribution au cours de la 3e heure.
Il semble bien que les deux pilotes, comme leur bolide, ne reparaissent plus en aucune compétition par la suite.

L’expérience éphémère de MAP au Mans

L’histoire de la Manufacture d’Armes de Paris (MAP), installée à Saint-Denis, dans la Seine, perdure de 1915 à 1950. Au cours de ses dernières années de production, elle fabrique des machines à écrire et des tracteurs agricoles. Certains d’entre eux sont animés d’un moteur diesel. L’entreprise subit une faillite prononcée le 2 juin 1950… trois semaines avant le départ des 24 Heures !
Revenons en arrière. Les dirigeants de l’entreprise décident de se lancer dans la conception d’une voiture de records dotée d’une mécanique diesel. Pour cela ils bénéficient de l’expérience de François Lacour l’un des concepteurs des Delahaye participant aux 24 Heures du Mans avant-guerre. Particulièrement bien profilée, disposant d’un moteur placé à l’avant, cette monoplace possède un carénage protégeant le visage du pilote.
Le 5 février 1949, François Lacour brave le froid et améliore 6 records mondiaux sur l’autodrome de Montlhéry avec cet engin, dont les moyennes de 178,053 km/h sur une heure et 178,899 km/h pour les 200 km.
Cette réussite ainsi que la performance, non négligeable pour une débutante isolée, avec la Delettrez diesel aux 24 Heures du Mans 1849 incitent les responsables à engager une MAP pour l’épreuve sarthoise. Celle-ci possède un aspect très différent de sa devancière : le 4 cylindres en H, 2 temps, de 4 960 cm3 suralimenté, est installé en position centrale arrière… une innovation à peine croyable dans la Sarthe !
Si la base demeure tout à fait semblable au précédent véhicule de records, la carrosserie biplace reçoit les inévitables garde-boue moto. Deux de ses quatre phares se trouvent intégrés dans la carrosserie.


La MAP avec son numéro 1 se trouve en tête pour le départ

Durant son séjour en Sarthe, l’équipe MAP est installée à Marigné-Laillé. Elle y reçoit un journaliste de Ouest-France. L’un des responsables lui déclare que pour la course qui se précise « le châssis et des roues indépendantes ont été spécialement étudiés pour les virages » !
Source : Ouest-France 23 juin 1950
Hélas, une fuite d’huile met fin à l’expérience au cours de la 7e heure !

Bien longtemps après…

Après une longue éclipse des diesels… Lors de l’édition 2004, une Lola B2K/10 animée d’un moteur Volkswagen-Caterpillar de ce type doit abandonner assez rapidement. Un important manque de préparation vraisemblable et sa solitude au départ n’ont pas permis d’évaluer ses possibilités.
La première victoire d’un diesel au Mans intervient en 2006. Cette année-là, des véhicules diesels engagés très compétitifs prennent le départ. La victoire est le fait d’une des Audi R10 dotée d’un moteur de 12 cylindres 5 500 cm3 dotée d’un double turbo ! La Pescarolo la plus menaçante de l’opposition ne dispose que d’un moteur à essence de 5 litres de cylindrée, mais sans turbo, en application des règlements ! Avec l’avantage de la moindre consommation, Audi ne pouvait perdre.


L’Audi R10 victorieuse en 2006



Jean-Pierre Delaperrelle